Ils étaient 1500 hier soir, 12 novembre, à faire la queue devant le Bataclan. Six filtres de sécurité et une bonne heure de queue plus tard, les spectateurs du concert de Sting prenaient place dans une salle flambant neuve. Parmi eux, des fans de la première heure, des amoureux de la musique, mais aussi et surtout, des rescapés de la tuerie du 13 novembre 2015 et des proches des victimes venues porter un message de vie et d'espoir, malgré le deuil. Des VIP, également : personnalités politiques ou du show-biz –on a notamment vu Patricia Kaas, Shaka Ponk, Charlotte Rampling ou Anne Hidalgo et Audrey Azoulay-, qui ont souhaité se faire tout petit face à l'importance du moment. Dans quelques minutes, Sting va faire revivre le Bataclan.

"Nous ne les oublierons pas."

Un peu après 21h, les lumières s'éteignent, Sting fait son entrée sur scène, accompagné de ses guitaristes Dominic et Rufus Miller, de son batteur Vinnie Colauita. Et d'Ibrahim Maalouf, le trompettiste prodige venu accompagner le chanteur pour l'occasion. "Ce soir nous avons deux tâches à concilier…, explique Sting dans un français irréprochable. D'abord se souvenir, honorer ceux qui ont perdu la vie dans l’attaque il y a un an. Ensuite célébrer la vie et la musique que représente cette salle de spectacle historique. Observons une minute de silence".

Une minute de silence aux allures de rite de passage, avant un retour à la vie difficilement imaginable un an auparavant. Sting commence à égrener la douce mélodie de Fragile. "On and on the rain will fall, Like tears from a star… On and on the rain will say, How fragile we are" ("Encore et encore, la pluie tombera, comme les larmes d'une étoile… Encore et encore, la pluie dira à quel point nous sommes fragiles"). L'une après l'autre, les chansons de Sting et son groupe vont faire disparaître les tensions que l'on pouvait encore sentir dans la fosse il y a quelques minutes. Le public entre en communion aux rythmes d'English Man in New York, Message in a bottle, Can't Stop Thinking About You, et bien d'autres.

La joie et la résistance

Pendant 90 minutes, Sting va enchaîner chansons douces et titres rock, entonnées par le public avec le chanteur. Dans la salle marquée par les terribles événements, certaines paroles résonnent plus que d'autres, célébrant la résistance face à la peur, la joie d'être en vie, l'amour malgré les différences. Au 2e rappel, Sting revient seul sur scène, une photo à la main : celle du journaliste américain James Foley, décapité par Daech en 2014. "Cette chanson est pour lui, sa famille, et pour toutes les familles qui ont perdu un être cher ce soir, explique la star. Elle s’appelle The Empty chair. En français : La Chaise vide." Hier soir, le public ne pouvait pas oublier les 130 chaises vides des victimes du 13 novembre. Mais il pouvait chanter pour elles.