Farouchement anti-communiste et reine des potins du tout-Hollywood, Hedda Hopper, brillamment interprétée par Helen Mirren dans Trumbo, touchait des millions de lecteurs américains à chacun de ses articles. Ex-actrice du muet ayant traversé la tête haute l’épreuve du cinéma parlant, elle s’était reconvertie dans la presse people avec énergie et brio… mais aussi avec mordant.  Hedda Hopper était reconnaissable entre toutes avec sa spectaculaire collection de chapeaux. Elle était également crainte et détestée par les scénaristes de la fameuse liste noire constituée par la Commission des Activités Anti-Américaines (HUAC) qui menait, à cette époque, une lutte acharnée contre le communisme.

Hedda Hopper, des plateaux de cinéma aux coulisses d’Hollywood

Si l’on se souvient peu de la carrière d’actrice d’Hedda Hopper, c’est qu’elle n’aura jamais été aussi mémorable que son coup de plume acéré. Née en 1890 en Pennsylvanie, elle a pourtant tourné à un rythme industriel entre les années 1910 et le début des années 40, enchaînant jusqu’à une douzaine de films en une seule année. Fin 1930, son flair lui permet cependant de négocier un virage à 180° dans sa vie professionnelle. Plus vraiment jeune, distancée par les nouvelles étoiles montantes d’Hollywood, elle accepte la proposition surprenante du Los Angeles Times : tenir une rubrique de potins hollywoodiens dans le journal. La seconde vie d’Hedda Hopper débute, et elle s’apprête à faire des ravages.

Redoutable chroniqueuse au service du McCarthysme

Sa première concurrente en la matière est Louella Parsons, autre échotière spécialiste des ragots d’Hollywood. Mais Hedda Hopper possède un avantage certain sur sa rivale : de solides appuis politiques, parmi lesquels Joseph McCarthy et J. Edgar Hoover, piliers de la chasse aux sorcières menée aux Etats-Unis jusque dans les années 1960.
Très vite, Hedda Hopper est lue par des millions d’Américains friands des rumeurs qu’elle se fait un devoir de rapporter. Éternellement coiffée de ses chapeaux exotiques, elle s’avère cependant un personnage redoutable pour les acteurs, réalisateurs et scénaristes de l’époque. Hedda Hopper s’attaque en effet à tous ceux qui pourraient heurter sa morale et ses principes, et en particulier à tous ceux qu’elle soupçonne d’appartenir, de près ou de loin, au parti communiste. En un seul article, elle pouvait détruire une carrièrecomme le rappelle le journaliste Peter Bart dans Variety, qui nous remémore son prestigieux tableau de chasse : Dalton Trumbo, bien sûr, mais aussi Charlie Chaplin : "j’ai rencontré Hopper dans les années 1960, se souvient-il, quand elle m’a réprimandé d’avoir écrit mon admiration pour Dalton Trumbo, le scénariste black-listé.’’

Hedda Hopper vue par Jay Roach et Helen Mirren

Présentée comme la principale antagoniste du film de Jay Roach, Hedda Hopper a joué un rôle capitale dans l’exil de Dalton Trumbo, mis au ban d’Hollywood pour avoir refusé de révéler ses idées politiques à l’HUAC. "Elle était réputée pour ses chapeaux extravagants recouverts de fleurs et de plumes, explique le réalisateur dans le dossier de presse du film, ce qui ne l'empêchait pas de s'attaquer à des sujets très sérieux dans ses chroniques. Elle galvanisait les anticommunistes d'Hollywood et s'en prenait en particulier à Dalton Trumbo. Elle était déterminée à convaincre les Américains que ces scénaristes patriotes étaient des traîtres, et elle a écrit des articles diffamatoires, colportant les pires rumeurs, qui étaient lus par 35 millions de personnes.’’

Pour son interprète Helen Mirren, Hedda Hopper n’était pourtant pas forcément une femme diabolique. Son combat était, pour l’actrice, d’une absolue sincérité : "tout ce qui pouvait ressembler de près ou de loin au socialisme était le mal absolu. Le dialogue en politique n'a guère changé. Il y a toujours un clivage entre ceux qui pensent qu'on a l'obligation morale de prendre soin des plus vulnérables et ceux qui ont foi en l'individualisme et le souverainisme."

Ecrit par Lauren Mezière