Claude Chabrol : épicurien et fin observateur de la nature humaine
Mis en ligne le 12/09/2010 à 16:25
Claude Chabrol est décédé ce matin, mais son image de bon vivant et d'observateur de la société dans laquelle il vivait perdure. Découvrez ou redécouvrez cet homme au caractère attachant.
Le cinéaste Claude Chabrol est décédé ce matin à l'âge de 80 ans.
Réalisateur de talent et homme à la générosité et à la grandeur d'âme inégalées, Claude Chabrol était avant tout un amoureux de la vie.
Il n'y a qu'à voir les adjectifs utilisés pour le décrire pour comprendre que Claude Chabrol était un grand épicurien, constamment à l'affût des plaisirs simples que la vie avait à offrir.
Nicolas Sarkozy déclare : "Il tenait de Balzac pour la finesse de sa peinture sociale. Il tenait de Rabelais pour son humour et sûrement aussi pour sa truculence (..)".
Gérard Depardieu, lui, décrit un homme symbole de "la joie de vivre même" et raconte : "Il avait cet amour de la nourriture, du partage, cet esprit drôle, il avait tout, il avait l'histoire du cinéma, la passion, il avait aussi l'enfance, il a le rire, il aussi le plaisir" avant de conclure : "C'est quelqu'un de tellement vivant que je ne peux pas me faire à l'idée de sa disparition".
Clovis Cornillac, qui a joué dans Bellamy, le dernier Chabrol, aux côtés de Gérard Depardieu, fait un clin d'œil au caractère de bon vivant du réalisateur, tout en ayant une pensée pour Alain Corneau, disparu fin août : "Ils sont sûrement tous les deux. Ils doivent bien bouffer et écouter du jazz... ailleurs".
Glouton, fumeur de pipe invétéré et amateur de bon vin, Claude Chabrol était aussi un fin observateur de la nature humaine.
S'il a tant critiqué la bourgeoisie et les gens aisés, c'est qu'il a bien connu l'hypocrisie et la duplicité de ce milieu.
Le cinéma a été le moyen pour lui de dépeindre, de mettre à mal et même de tuer la classe sociale dont il était pourtant issu et dont il adopta le mode de vie.
Son mariage avec une riche héritière, ses manières précieuses et son amour des bonnes choses le trahissent.
Mais Claude Chabrol savait percer à jour comme personne les vices et les zones d'ombres de l'Homme.
Jack Lang déclare : "Son œuvre est marquée par la drôlerie, la tendresse parfois incisive. Nul mieux que lui a su sur un mode décapant et parfois féroce mettre en scène l'hypocrisie et la veulerie d'une certaine bourgeoisie (...)".
En 2007, Claude Chabrol donnait un interview à l'Express, à l'occasion de la sortie du film La fille coupée en deux.
Il a parlé de sa passion pour la description de la nature humaine en déclarant : "Moi, je filme des personnages prêts à basculer. Ou qui ont déjà basculé. Le truc intéressant, ensuite, est de montrer ce qui leur permet de s'en sortir: soit ils utilisent leur propre force de caractère, soit ils se servent des événements extérieurs."
Ou encore : "Aujourd'hui, ce que je voudrais, c'est aider à ce que l'être humain conserve sa dignité. Et puis, s'intéresser à la nature humaine, c'est s'intéresser à soi d'une manière discrète. Parfois, camper des personnages et la façon dont ils réagissent à telle ou telle situation fonctionne comme une chambre d'écho personnelle. Il y a souvent des éléments autobiographiques dans mes films".
Depuis 2004, Claude Chabrol passait énormément de temps au Croisic, une ville située sur le littoral de Loire-Atlantique, non loin de Saint-Nazaire.
Là, il fréquentait le cinéma de la ville et mangeait dans les restaurants de la Côte Sauvage, notamment l'Océan, un restaurant de poissons et de fruits de mer.
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