J'ai toujours rêvé d'envoyer une belle droite à Bruno Gaccio. Son nom de joueur de foot, son côté beau gosse baraqué, ses postures m'agacent. Et ne voilà-t-il pas qu'en ouverture de son livre intitulé "La révolution? On s'rappelle...", il s'étonne de ne pas en recevoir une (de droite, pas de révolution). L'occasion faisant le larron, je me suis dit que puisqu'il voulait en prendre une, j'allais me sacrifier en assurant une critique tysonienne de son bouquin.

Osons la comparaison : la lecture, c'est un peu comme la boxe. On se prépare en dressant un tableau intérieur de l'adversaire, puis le jour J, sur le ring, on ne trouve jamais celui qu'on attendait. Comme aurait dit Rimbaud : le "Je (de jambes) est un autre." Surprise.

gaccio
Gaccio

Dans "La Révolution ? On s'rappelle...", ce n'est ainsi pas l'habituel mi-lourd Gaccio qu'on retrouve les gants aux mains et le torse huilé. Certes, il écrit des gros mots et raconte ses parties de jambes en l'air pour faire le rustre et exorciser ses interrogations midlife. Mais surtout, boxeur égratigné par ce qu'il voit et entend, il pense ses blessures. Et là, c'est le subtil Sugar Ray Robinson qui fait la nique à la brute Tyson : tout est dans le jeu de jambes, mais pas en l'air.

Sur la manipulation spectaculaire, la tyrannie souterraine des démocraties, la machinisation de l'humain ou la dictature langagière, Gaccio est malin et percutant. Il distribue crochets et uppercuts. Ceux qui considèrent que c'est cracher dans la soupe de la part d'un bobo professionnel de la télévision se fourvoient. C'est justement parce qu'il a vu l'envers du décor contemporain que Gaccio a les mots qui font mouche, d'autant plus que des attendrissements personnels bien restitués renforcent l'authenticité du discours.

Face à la Grosse machine qui avale les cerveaux lents, Gaccio prône le réveil, la résistance, la révolution, de manière convaincante, donc. On regrette qu'il ne soit pas plus précis sur les tenants de celle-ci ; l'irrésolu Gaccio se voit plutôt comme un réveilleur qu'un meneur, rejetant -sans condescendance- la responsabilité finale de la révolte sur le vulgus pecum. Dommage, car le troupeau bêle mais ne mord pas. Déjà, au siècle dernier, Wilhem Reich, auquel Gaccio doit beaucoup sans peut-être le savoir, écrivait dans "Ecoute, petit homme !": "Ton seul libérateur, c'est toi !" Depuis, il s'est écoulé du sang révolutionnaire sous les cons...

LL.

"La Révolution ? On s'rappelle..."
Editions Descartes et Cie
194 pages - 14 euros