"Dans beaucoup d’endroit, j’étais vraiment le sale noir"

Dans cette interview, le rappeur est d'abord revenu sur son enfance qu’il a passé en majeure partie avec sa mère "je n’ai pas grandi avec mon père, mais avec une mère seule qui se débrouille". Cette dernière enchaînait les emplois : "elle a fait plusieurs boulots, du secrétariat, du ménage". Le rappeur n'a jamais été en manque de nourriture mais il n'avait "pas de quoi acheter sa première voiture." Quant à son père, il travaillait de nuit et accueillait des gens, mais il ne sait pas ce qu’il faisait exactement. Booba a un grand frère et une grande sœur ; de l’âge de 3 ans à l’adolescence, le rappeur a grandi entre Boulogne-Billancourt, Meudon et le sud de la France.

Il affirme avoir été victime de racisme lorsqu’il a vécu à la Colle-sur-Loup et à Cagnes-sur-Mer, et c’est cela qui a forgé son dur caractère "dans beaucoup d’endroit, j’étais vraiment le sale noir. A Paris je le sentais moins. Ces problèmes de racisme m’ont rendu rebelle." Aujourd’hui, même si cela peut lui arriver, il n’en souffre plus.

Lorsqu’il était enfant, le rappeur écoutait un peu de tout "James Brown, du reggae", il ne se souvient plus du premier disque qu’il a écouté mais il a commencé très tôt à découvrir Michaël Jackson ainsi que du rap "au moment où ce style de musique est arrivé en France car [son] grand frère en écoutait."

Le rappeur vit actuellement à Miami et a toujours été attiré par les Etats-Unis car les noirs avaient plus de chance de réussir là-bas : "étant noir en France, comme je le dis dans ma chanson, "à l’époque où les négros n’étaient pas à la mode", ce n’était pas très facile. Aux Etats-Unis les noirs étaient déjà beaucoup plus en avance." De plus, il pouvait s’identifier à des stars américaines or ce n’était pas le cas en France. "en France il n’y avait pas de noir qui réussissait, jamais de star noir français comme il en existait aux Etats-Unis. On nous parlait des noirs pour dire qu’ils mourraient de faim ; aux Etats-Unis on parlait des noirs qui se battaient pour réussir et qui y arrivaient. Ils ne se laissaient pas faire."

"J’aime bien me défouler, j’aime bien la violence, j’aime bien les armes"

Le rappeur a également  évoqué son casier judiciaire, son braquage de taxi refait souvent surface mais il affirme que ce n’est pas le seul délit qu’il a commis et qu’il a été enfermé dans plusieurs prisons : "j’ai fait de la prison pour des problèmes de stupéfiants, pour tentative de meurtre. Ça ne sert à rien d’en parler, je préfère qu’on dise que j’ai eu des problèmes judiciaires plutôt qu’on dise que j’ai braqué un taxi. J’ai fait Bois d’Arcy, la Santé, Nanterre". Ces expériences lui ont permis de se sentir "plus fort et plus malin". Toutefois, il ne conseille à personne de passer par la case prison mais cela permet d’en apprendre beaucoup sur le système judiciaire, sur la police, sur le déroulement d’une enquête. Désormais la prison fait partie du passé, c’est derrière moi, mais on n’est jamais à l’abri."

C’est la musique qui a sauvé le rappeur ainsi que l’argent qu’il a gagné, il déclare : "L’argent, c’est la liberté. Sans argent on ne peut rien faire. Si on veut voyager, découvrir, se faire plaisir, il faut de l’argent. C’est du papier qui permet de franchir les frontières, de s’habiller comme on veut, etc... Sans argent on ne fait rien." Même s’il est parfois violent dans ses textes, Booba déclare avoir plusieurs facettes "Je ne suis pas vraiment comme ce que j’écris (...) S’il y a de la violence dans mes textes c’est parce que je me défoule (…)J’aime bien me défouler, j’aime bien la violence, j’aime bien les armes. Quand je rappe, je me défoule, mais il y a des textes plus posés." Dans la plupart de ses chansons, le rappeur accorde peu de valeur aux femmes, mais il affirme n’avoir rien à se reprocher à ce sujet et explique son choix de rapper de la sorte : "les filles bien on s’en fout, il n’y a rien à dire sur elles. Ce qui est marrant, c’est de parler des filles pas bien. (…) Je sais bien qu’il y a des filles bien, je ne fais pas de généralité. Je ne dis pas que toutes les filles sont des putes."

D'après le rappeur, son clash avec La Fouine, qui crée le buzz depuis plusieurs mois, n’est pas un coup marketing et il ne se juge pas responsable des agissements de ses fans "si nos fans se battent entre eux, j’en n’ai rien à foutre (...) je ne suis pas un leader d’opinion. Les jeunes peuvent s’identifier à moi comme à Superman, c’est pas pour autant qu’ils vont se jeter par la fenêtre en pensant voler."

Quant à Diam's, qui a quitté l’univers de la musique, Booba affirme qu’elle n’était pas "assez forte psychologiquement elle ne savait pas ce qu’elle voulait" . S'il avait réussi à vendre un million d'album comme l'ex-rappeuse,  il aurait été "le plus heureux du monde". Il ne comprend pas son choix : "c’est pratiquement comme quelqu’un qui gagnerait au Loto et qui déprimerait au final. Il a joué toute sa vie au Loto pour gagner la super cagnotte, et le jour où il l’a, il touche le fond. Faut savoir ce qu’on veut dans la vie."