A l'occasion du festival Fnac Live et de son concert privé dans le Grand Salon de l'Hôtel de Ville de Paris, l'auteur-compositeur-interprète Alex Beaupain a répondu à nos questions. 

Vous avez sorti votre dernier album Loin, en mars dernier. Vous êtes satisfait de l'accueil qu'il a reçu ? 

Oui ! C'est ma troisième tournée et je remarque qu'il y a de plus en plus de gens. Les salles sont systématiquement complètes donc je suis très content. Après la sortie de l'album, la presse a été gentille avec moi. Du point de vue de ce que j'ai vendu... qui peut être satisfait de ce qu'il vend ces temps-ci ? 

A l'image des chansons Je te supplie ou Tout a ton odeur, vous interprétez des chansons qui nous parlent à tous. C'est une volonté de faire des titres universels ? 

Oui, c'est évidemment une volonté. Comme je ne parle que de moi dans mes chansons, que je dis toujours "je" et que ça raconte de façon un peu fictionnée mes aventures, je me suis dit que c'était peut être un peu narcissique, nombriliste. Mais je me suis rendu compte que les expériences dont je parle sont assez partagées. C'est vrai que j'essaye de parler de moi pour parler aux autres parce que les chanteurs que j'ai aimés comme Barbara ou Etienne Daho faisaient ça. Je me reconnaissais dans leur "je", dans ce qu'ils racontaient. 

Dans votre chanson Van Gogh, vous reprenez la célèbre phrase de l'artiste "la tristesse durera toujours". C'est une phrase qui vous parle ? 

Je la trouve très belle dans sa simplicité. Je réentends cette phrase en pensant au film A nos amours de Maurice Pialat, dans lequel il dit un truc marrant. Selon lui, Van Gogh veut dire par là qu'il a une vie difficile mais exaltante car il fait ce qu'il avait envie de faire et que ce sont les autres qui sont tristes dans leurs petites compromissions de tous les jours, notamment. Ça me parle parce que j'ai beau écrire des chansons très tristes, je suis très joyeux... et très heureux d'écrire des chansons tristes. 

C'est vrai que la tristesse imprègne vos albums qui traitent de thèmes difficiles comme la mort, le deuil... Vous ne souffrez pas de cette étiquette d'artiste un peu mélancolique ? 

Non, c'est un tempérament profond. Si je fais ces chansons là c'est parce que ce sont des chansons que j'aime. Et puis sur scène je me moque de moi même, j'essaye d'avoir un peu d'ironie sur ce personnage là. Dans mon dernier album, il y a une volonté de faire des chansons un peu plus lumineuses avec une pop un peu plus rythmée... et ça, en concert ça bouge ! Ils m'ont mis dans les salons - que j'adore parce que le décor est très beau - peut être parce qu'ils se sont dit "sur la grande scène ça va pas aller". Alors qu'avant-hier (jeudi 21 juillet, ndlr), on était au Paléo Festival en Suisse et les gens bougeaient ! 

On sait que le film Les chansons d'amour s'inspire de votre histoire. Vous n'avez jamais regretté de ne pas avoir joué vous-même le rôle de Louis Garrel ? 

Non parce que déjà je suis très mauvais acteur, vraiment. Et puis si j'ai accepté que Christophe Honoré s'empare de ces chansons pour en faire un film, c'était dans l'idée que ça fictionne un peu. Et pour ça il fallait que l'histoire me mette à distance et que ce soit quelqu'un d'autre qui incarne ce rôle. Sinon c'est obscène, ça devient de la télé-réalité et on s'en fout de ça.

Vous n'aimez pas la télé-réalité ? 

Ça peut me faire rire mais je ne considère pas que c'est de la création. Quand je fais des chansons ou quand Christophe fait ce film auquel je participe, l'idée première c'est de se dire qu'on va faire un bon film ou de bonnes chansons. Non pas qu'on va se faire plaisir en racontant son histoire, qu'on va faire une thérapie. Alors que la télé-réalité c'est ça, c'est des gens qui vont raconter sans aucun filtre de création ce qui leur arrive, je crois. 

Vous réalisez la bande originale de beaucoup de films de Christophe Honoré, vous avez d'autres projets avec lui ? 

Là il vient de monter un opéra de Mozart à Aix-en-Provence. Donc passer derrière c'est un peu compliqué (rires) ! Il me semble savoir qu'il est reparti sur un film. Il m'a toujours demandé de faire la musique de ses films et je l'ai toujours fait avec beaucoup de bonheur parce que je l'admire, c'est un grand réalisateur. Mais jamais je n'irai le voir en lui disant "alors t'as un projet de film, on le fait ensemble ?". J'aurais l'impression de le forcer. 

Vous vous sentiriez trahi s'il faisait appel à quelqu'un d'autre un jour ?

Pour être très honnête, je lui ai déjà dit, j'aurais de la peine mais je le comprendrais. Christophe peut très bien chercher un autre genre de musique que je ne peux plus lui apporter ou avoir l'impression qu'on a trop fait de choses ensemble et qu'il n'y a plus de nouveauté. Tout ça c'est compréhensible... mais ça me ferait de la peine. 

Vous avez dit dans une interview que "passé la quarantaine, tout dans la vie se complique". Vous pensiez à quoi ? 

J'ai dit ça ? Je devais être bourré (rires) ! Parce que je suis heureux d'être à mon âge. C'est pas que tout se complique, c'est qu'il y a plein de choses qui sont moins faciles effectivement. Entre 30 et 40 ans, j'ai eu une vie assez dissolue et agréable, je suis beaucoup sorti, j'ai fait beaucoup de cochonneries avec plein de gens différents et c'était super. Passé 40 ans c'est plus compliqué, déjà parce qu'on est plus vite fatigué, ensuite parce qu'on peut moins facilement se taper qui on veut.

 

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Au vu des terribles événements qui touchent la France et d'autres pays depuis plusieurs mois, vous n'avez jamais eu envie de sortir une chanson plus engagée ? 

Si, je suis obligé de me poser la question. Après le Bataclan puis récemment Nice, je me suis dit que je ne pouvais pas continuer à écrire sur ma gueule et ne pas penser à ça. C'est pas possible. J'ai essayé d'écrire une chanson, elle n'était pas bien, pas à la hauteur... mais je trouve que c'est encore pire pour moi de sortir une chanson indigne sur l'événement simplement pour se justifier d'avoir fait quelque chose. Là j'ai écrit un truc que j'aime bien. Je vais prochainement faire un concert au Bataclan d'ailleurs. C'est rien, je ne suis pas en train de jouer au super résistant mais symboliquement je peux faire ça. 

Les artistes du moment que vous écoutez ?

J'ai beaucoup écouté le dernier album de Séverin, Ça ira tu verras, un grand album de chanson française extrêmement bien écrit. En ce moment, j'aime aussi La Piscine d'Hypnolove. De la pop un peu synthétique, pour l'été c'est chouette ! 

Des projets et des concerts à venir ? 

On a juste un concert en août, puis une semaine de vacances, et on repart en tournée en octobre jusqu'au mois de mars. J'essaie d'écrire un album pour Françoise Fabian et aussi l'adaptation scénique des Gens dans l'enveloppe. J'écris un spectacle musical, l'adaptation d'une oeuvre assez connue mais je ne peux pas en dire plus... Voilà, je fais des tonnes de trucs, sinon je m'ennuie !  

Infos et prochaines dates de concerts d'Alex Beaupain, sur son site internet

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