Deux auteures exigeantes ayant apporté un souffle nouveau à littérature française des XXe et XXIe siècles nous ont quittés. Solange Fasquelle, défenseuse de la liberté d'expression, auteure brillante et précise, jurée du prix Femina d'un côté et Françoise Mallet-Joris, écrivaine populaire et engagée de la cause féministe, témoin précieux des métamorphoses du monde. Deux femmes libres à la pensée souvent fulgurante, que la littérature pleure aujourd'hui. Françoise Mallet-Joris est morte le 13 août 2016, tandis que Solange Fasquelle s'est éteinte le 15 août dernier.  

Solange Fasquelle, l'auteure prodigieuse

Un 1er roman publié à 26 ans (Malconduit, en 1959), plusieurs prix littéraires dont le prestigieux prix des Deux-Magots en 1967 pour L'Air de Venise, un engagement sans faille pour la liberté d'expression avec sa présidence du Pen Club français entre 1990 et 1993 : la vie de Solange Fasquelle a été presque entièrement vouée à la littérature. Dès l'âge de 23 ans, elle devient directrice de la revue littéraire Le Cahier des saisons. L'une de ses œuvres, Le Trio infernal, est adaptée sur grand écran par Francis Girod avec Michel Piccoli et Romy Schneider. Solange Fasquelle publie son dernier roman, Mère, en 2004, et revient un an plus tard avec Avec Marcel Schneider, écrit en collaboration avec Jean Dutour, Diane de Margerie et Christine Jordis. L'ancienne épouse de Jean-Claude Fasquelle (ancien PDG des éditions Grasset), qui était également la fille du 13e duc de la Rochefoucauld, s'est éteinte le 15 août 2016 à 83 ans à Paris, des suites d'une longue maladie, selon une annonce de sa famille.

Audrey Azoulay, ministre de la Culture lui a rendu hommage via un tweet. 

Françoise Mallet-Joris, romancière et combattante

Prodige, Françoise Mallet-Joris l'était tout autant : Le Rempart des Béguines, son 1er roman, est publié alors qu'elle n'est âgée que de 21 ans. Née Lilar à Anvers en Belgique, cette jeune écrivaine choisit alors le pseudonyme de Mallet pour cette œuvre jugée sulfureuse, une histoire d'amour entre une jeune fille et une autre femme, la maîtresse de son père. Ce 1er succès la porte au cénacle des auteurs de son temps. En femme libre, vivant pleinement son homosexualité, Françoise Mallet-Joris publie une trentaine d'œuvres, entre dans les jurys du Prix Fémina et du Prix Goncourt, défendant bec et ongles la cause féministe. Elle est aussi parolière et co-écrit le titre La Parisienne pour la chanteuse Marie-Paule Belle à qui elle écrit aussi un opéra, Lucrèce Borgia. En 1970, Françoise Mallet-Joris publie La Maison de papier, son grand succès, premier d'une longue liste de best-sellers. L'écrivaine d'origine flamande s'essaie à tous les genres, du roman historique à la biographie en passant par le roman mystique ou l'autobiographie. Elle se révolte également contre la violence ordinaire et le fatalisme. Françoise Mallet-Joris avait quitté l'Académie Goncourt en 2011 en raison de ses problèmes de santé. Elle est décédée ce samedi 13 août à 86 ans, à Bry-sur-Marne. Dans le Figaro, citant l'AFP, on peut lire le dernier hommage émouvant de Marie-Paule Belle à Françoise Mallet-Joris : " Je lui dois tout... Je suis née une deuxième fois grâce à elle. Je ressens une peine immense."