Librement adapté du roman Tony and Susan d'Austin Wright, publié en 1993, Nocturnal Animals, Lion d'argent de la dernière Mostra de Venise, nous offre de multiples expériences en un seul film : thriller haletant, drame sentimental, fiction à tiroirs, le long-métrage magnifiquement porté par Amy Adams, Jake Gyllenhaal et Michael Shannon est également un vrai petit chef-d'œuvre visuel. Il sort aujourd'hui 4 janvier dans les salles françaises, l'occasion rêvée de vous programmer une soirée au cinéma !

Nocturnal Animals, deux histoires en une

La galériste Susan Morrow (Amy Adams) mène une existence privilégiée à Los Angeles. Epouse d'un riche homme d'affaires, elle est cependant souvent délaissée, et s'ennuie ferme. Jusqu'au jour où Edward Sheffield, son ex-mari perdu de vue depuis des années, reprend contact avec elle par l'intermédiaire du roman dont il est l'auteur, et qu'il lui envoie avec un mot. L'écrivain demande à Susan de lire son manuscrit avant de venir le retrouver durant son passage à Los Angeles. Susan se plonge alors dans le thriller angoissant rédigé par son ex-époux : ce dernier s'est mis en scène à travers le personnage de Tony Hastings, un père de famille vivant au Texas, qui a vu sa femme et sa fille kidnappées par un gang de voleurs de voiture aux méthodes ultraviolentes. Pour réussir à les retrouver, il fait appel à l'officier Bobby Andes, sorte de cow-boy taciturne avec lequel Tony va se lier d'amitié. Au fur et à mesure de sa découverte de l'œuvre de son 1er mari, Susan commence à déceler les liens entre leur histoire passée et l'intrigue du roman. Elle se remémore la façon cruelle dont elle a rompu avec Edward, et commence à s'interroger : a-t-il voulu se venger d'elle à travers ce livre qui lui est dédicacé ? Serait-ce l'occasion pour elle de réparer ses torts, et de retrouver son bonheur perdu ?

Un scénario brillant, porté par de grandes stars

Envoûtant, parfois angoissant et poignant, Nocturnal Animals tisse à travers ces deux scénarios étroitement mêlés une œuvre fascinante sur les choix que l'on fait dans une vie, et les regrets qui les accompagnent parfois. Avec son roman, Edward (Jake Gyllenhaal, parfait comme souvent) propose une métaphore saisissante sur la mort de son couple, causée par une Susan trop soucieuse de son niveau de vie et de l'opinion de ses proches. Aujourd'hui, cette même Susan est piégée, tout comme son alter ego (interprété par la sublime Isla Fisher) dans le thriller d'Edward : prisonnière d'un appartement trop grand, d'un travail qu'elle déteste, d'un mari qui la néglige et qu'elle n'a d'ailleurs jamais aimé. Sur l'intrigue du roman, et surtout sa fin, nous ne dirons évidemment pas un mot, pas plus que sur la fin du film, aussi subtile qu'émouvante. Tom Ford s'est livré ici à un exercice périlleux, réalisé avec brio : celui du film à tiroir. Son sens de l'esthétique et du détail lui permet de nous offrir des ambiances oscillant entre le polar des années 40, la peinture américaine du XXe siècle, et un cadre plus froid et contemporain. Il trace le portrait de deux êtres condamnés par leur faiblesse, sans jamais les accabler de son jugement. Du grand art.